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Relations

J’aborde ici un sujet compliqué, et il ne sera pas facile d’en présenter toutes les ramifications. Je demande donc votre indulgence, mais je pense qu’il est important d’attirer l’attention sur les personnes que Quinault a connues. Les relations entre ces marchands bourgeois et ces nobles de robe sont fascinantes dans leur étendue et dans leur enchevêtrement – surtout au début des années 1670 –, mais ce que j’aimerais vraiment savoir, c’est ce que Quinault aurait appris de ces personnes. Ils l’ont sans doute aidé à avancer dans sa carrière à la cour et dans l’administration, avec ce qu'on appelle « le capitalisme de cour » ; mais ont-ils vu ses pièces, lu ses vers, offert des conseils ? En d’autres termes, comment le fils d’un boulanger a-t-il pu créer un nouveau genre, avec des vers d’une telle harmonie que Voltaire le placerait juste derrière Racine dans le palmarès des poètes lyriques français ?

• On peut consulter la chronologie de la vie de Quinaut, avec des liens vers les sources pour des détails sur un grand nombre des personnes mentionnées ci-dessous.
• Une grande partie de ces informations vient des actes notariés du Minutier Central des Archives Nationales (AN). Dans une cote comme ET/C/273, « ET » signifie « étude notariale » ; « C » est le numéro de l’étude, en chiffres romains, et « 273 » le numéro du carton.
• Pour la famille Gellée-Regnard, la source principale est Regnard : sa vie et son œuvre d’Alexandre Calame (Presses Universitaires de France, 1960).
• Pour des généalogies des familles Gellée, Regnard, Bellavoine, Du Vaulx et Gaillard, voir le fichier Word GÉNÉALOGIES POUR SITE.docx.


Jusqu’au mariage (1635-1660)

Les premières années de Quinault
La plus importante de ces personnes qui ont aidé Quinault à créer son style est peut-être aussi le premier, Tristan l’Hermite, auteur dramatique et poète lyrique, qui introduisit le jeune Quinault au monde du théâtre. Les sources diffèrent sur le rôle de Tristan dans la vie du futur librettiste, mais il est possible que Tristan l’ait hébergé dès 1643, quand ses parents sont partis en Bretagne. Tristan logeait souvent chez le duc de Guise, à qui il dut présenter Quinault, qui demeure dans l’hôtel de Guise, rue du Chaume, en 1656. Il y aurait connu une riche vie culturelle.

On devrait citer aussi Philippe Mareschal, maître écrivain, chez qui Quinault entra en pension en 1646, pendant environ cinq ans, avant d’intégrer le Collège du Cardinal Lemoine. Il garda le contact avec son ancien maître et fut présent au baptême de son fils en 1656.

On pourrait citer comme influence, si non comme amis, tous les auteurs et comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, où l’on créa une pièce de Quinault presque chaque année de 1653 à 1665. Les seuls documents que je connais qui mentionnent Quinault et un des ces comédiens concernent son association avec Floridor pour une messagerie royale (voir plus loin).

Après ses premiers succès, c’est-à-dire dans la deuxième moitié des années 1650, Quinault fréquente les salons parisiens, précieux, galants et autres, probablement grâce à l'appui de Tristan. Parmi ces salons on peut compter celui de Madame de la Suze, où il trouve une protectrice dans Mme d'Oradour ; celui de la comtesse de Brégy, où il répondra à des questions d'amour ; et de nombreux autres, comme ceux de Mme Deshoulières et des sœurs Melson. Il y aurait entendu – et sans doute lu – des vers, écouté les airs à la mode et appris l’art de la conversation avec des écrivains comme Madeleine de Scudéry, Chapelain, Ménage, Sarasin, Pellisson, Benserade, d’Aubignac et Charles Perrault, mais aussi avec des nobles comme le duc de Montausier, qui fréquentait le salon de Mme Deshoulières.

Il rencontre aussi des précieuses chez son ami Charles Testu (décédé en 1681), « l’illustre et spirituel Tiridat » (Saumaize), qui sera un des témoins à son mariage. Testu fréquente le monde du théâtre, et il est de dédicataire d’une pièce de Claude de l’Estoile et d’une de Montfleury.

Quinault connaissait certainement le frère de Jacques Testu, Charles, abbé de Belval (ca. 1626-1706). Ce bel esprit, qui fréquentait les mêmes salons et était fin connaisseur de peinture, fut reçu à l’Académie Française en 1665, cinq ans avan Quinault. Sur le site internet de l’Académie on lit « prédicateur, traducteur et auteur de poésies légères, il fut lié avec Mmes de Sévigné, de Coulanges, de Brancas, de Schomberg, de La Fayette et Mlle de Mortemart, abbesse de Fontevrault [sœur de Mme de Montespan] ».

Le salon littéraire de de Mme Fouquet mérite une mention spéciale. Quinault était un des favoris du Surintendant, qui protégeait un grand nombre d’écrivains, et il put rencontrer, au salon ou à Vaux, non seulement les personnes que je viens de mentionner, mais les frères Corneille, Molière, La Fontaine, Le Brun, Le Nôtre et la famille royale. Il fit jouer Le Feint Alcibiade devant Fouquet et la reine Christine de Suède au début de 1658, et dédia la pièce au ministre en juillet. Il dédia La Mort de Cyrus à Mme Fouquet en 1659 et Stratonice à son cousin Jeannin de Castille en 1660.

Les autres dédicataires des pièces de Quinault sont une bonne indication des gens qu’il aurait pu connaître ou souhaité connaître. Le premier (1655), le marquis de Saucourt, Grand Veneur de France qui conseillait Molière pour Les Fâcheux, dansait dans plusieurs ballets de cour. D’autres sont bien placés à la cour et s’intéressent au théâtre – le duc de Guise, le prince de Conti, le duc de Saint-Aignan, Mazarin ou le marquis de la Meilleraye, protégé et futur gendre du Cardinal. On y trouve aussi Louis XIV, la reine Marie-Thérèse et le futur duc d’Orléans (duc d’Anjou) et, plus tard, le duc et duchesse de Montausier (cette dernière née Julie d'Angennes, célébrée dans les salons précieux) et le duc de Chevreuse (1671). Ce dernier était le gendre de Colbert, et Racine venait de lui dédier Britannicus (1670).

Voici notre poète avec un cercle impressionnant de connaissances, et il n’a même pas 25 ans. Il existe très peu de documents pour confirmer ces connaissances, mais à partir de son mariage en 1660 nous avons une idée plus précise des personnes qu’il a rencontrées. Tournons-nous d’abord vers sa famille et surtout vers celle de sa future femme.

La famille Quinault
Nous sommes mal renseignés sur les contacts entre Quinault et sa famille proche, qui semblent être assez limités. Il est resté à Paris quand ses parents sont partis en Bretagne, où Thomas Quinault, « boulanger ordinaire de messieurs les surintendants des Finances » au moment de son mariage en 1634, devient boulanger du duc de Retz, vers 1645, quant son fils avait dix ans. Celui-ci entre dans la pension Mareschal, et on ne sait pas si le père et le fils se sont souvent vus. Thomas meurt avant le mariage de son fils, et sa veuve continue à vivre à Machecoul ; elle donne sa permission pour le mariage mais ne fait pas le déplacement.

Le père de Quinault, Thomas, avait deux cousins qui étaient présents à ses fiançailles avec Prime Riquier en 1634, Pierre Hierosme et Charles Charton. On apprend dans le même document que Prime Riquier avait un frère, Jean, et un beau-frère, Salomon Joly, et donc qu’elle avait au moins une sœur.

C’est probablement grâce à la famille Joly que Thomas Quinault devient le boulanger du duc de Retz. Salomon est un cousin de Claude Joly, oncle de Guy Joly, secrétaire du cardinal de Retz (Brooks, Philippe Quinault Dramatist, p. 34-35 et note). Claude est devenu canon de Notre-Dame de Paris, ce qui pourrait expliquer la présence de Jacques Gaudin, « chanoine en l’eglise de Paris » au mariage de Louise Goujon avec Jacques Bouvet en 1654. Je pense lire une signature « Joly » à la fin du contrat de mariage de Marie Quinault en 1688, mais le texte du contrat ne mentionne pas ce nom.

La sœur de Quinault, Barbe, née en 1642, a probablement suivi ses parents en Bretagne, et son frère ne l’a donc pas souvent vue. Elle habite Nantes en 1667, quand sera né son fils, Germain Boffrand, qui sera un architecte célèbre et que Quinault connaîtra bien, mais seulement assez tard dans sa vie : Boffrand s’installe chez lui à Paris en 1681. Il jouera un grand rôle dans la postérité de Quinault : dépositaire des papiers de son oncle à la mort de celui-ci, il empêchera la publication de la vie manuscrite de Boscheron.

La famille Goujon
Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur les relations de Quinault avec la famille de sa femme, Louise Goujon. Il y a de nombreux documents concernant la succession de son premier mari, Jacques Bouvet – la plupart de 1660 à 1663, mais aussi en 1672 et 1677 –, mais rien qui indiquerait de proches relations. La plupart d’entre eux étaient marchands, mais Germain Bezançon, le mari séparé de biens d’une nièce de Bouvet, était Commissaire Greffier des Requestes du Palais. Plusieurs membres de la famille habitaient Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne).

En revanche, Quinault et sa femme sont restés proches de la famille Goujon, au moins pour les occasions comme les mariages et les décès. Du côté de la mère de Louise Goujon, Geneviève Picques, il n’y a pas de contact documenté avec Quinault après 1654, mais il voyait certainement le beau-frère de Jacques Picques (un des signataires du contrat de 1654), Philippe de la Porte, maître ordinaire en la chambre des Comptes depuis 1658 et jusqu’à au moins 1674.

L’oncle de Louise Goujon, Étienne, était marchand orfèvre. Il épousa en 1631 Jeanne Malloyseau (Maloiseau), fille de Gabriel Malloyseau et Michelle Godefroy ; la fille de la nièce de Quinault, Marguerite Doyrieux (fille de Jean Bellavoine et Geneviève Doyrieux), épousera Claude Godefroy (1664-1738), fils et frère de fameux savants. Michelle Godefroy avait un cousin germain, Paul Ledroict, qui était secrétaire de Monsieur le Prince. Je ne sais pas si Claude est un descendant de Michelle.

On apprend dans le contrat de mariage de 1631 que la sœur de Michelle Godefroy était veuve de Paul Belamy, maître faiseur d'instruments de musique à Paris. Belamy est mort en 1612, bien avant la naissance de Quinault, mais il est possible que la famille Goujon/Malloyseau/Bellamy ait connu d’autres musiciens. Ce n’est peut-être pas une coïncidence qu’un autre signataire du contrat était Pierre Masnel, « Maître Joueur d’instrument de musique a Paris ».

Les mariages des sœurs de Louise Goujon créent des liens avec des personnages intéressants. On sait que Quinault allaient fréquenter plusieurs de ces personnes, et il y en avait sans doute d’autres qu’il voyait de temps en temps.

Il semble certain que Geneviève était l’aînée des quatre sœurs, puisqu’elle s’est mariée avant elles. Elle avait épousé, avant 1643 (contrat de mariage d’Anne Goujon), Anthoine Boynard, marchand de draps, décédé avant le mariage de Quinault en 1660. À cette date elle avait un fils de 22 ans, Philippe François, mentionné dans un acte du 3 mars 1660 (AN Y3945A). C’est probablement le François Boynard qui signe, avec son épouse Claude Rousseau, le contrat de mariage de Marie-Louise Goujon en 1685 et de Marie en 1688. Il y a aussi un François Boynard qui signe le contrat de 1654.

C’est sans doute à cause de cette alliance avec la famille Boynard que Quinault connut Pierre Aulde, mari d’une Marie Boynard, décrit dans un acte de 1664 comme « écuyer, sieur de Vaumargot, conseiller, secrétaire du Roi, maison et couronne de France et de ses finances ». Avec ses frères, il possédait des terres dans la Sarthe. Quinault et sa femme signeront en 1664 une obligation envers Aulde (ET/C/273), mais quand celui-ci signa vingt ans plus tard une obligation envers Quinault, il était prisonnier au Petit-Châtelet et avait perdu ses titres de noblesse.

Geneviève se remaria le 3 mai 1660, quelques jours après le mariage de sa sœur avec Quinault, avec Étienne Trahay, premier valet de garderobbe de Monsieur le duc d’Orleans et Gouverneur des Pages de la Chambre (1665-1666). Il décède peut-être avant 1672 (il ne figure pas dans L’État de la France de cette année), certainement avant 1685 : Geneviève Goujon est décrite comme sa veuve dans le contrat de mariage de sa nièce Marie-Louise.

Trahay est le fils de Jean Trahay et de Jeanne Fleuriau, demi-sœur de Charles Fleuriau, sieur d’Armenonville, conseiller et secrétaire du roi, qui signe le contrat de mariage de son neveu le 2 mai 1660 (ET/C/260). Il avait épousé en premières noces Marguerite Lambert de Thorigny, sœur de Nicolas Lambert de Thorigny, président de la Chambre des Comptes et signataire du contrat de mariage de Marie-Louise Quinault avec Charles Lebrun. Quinault était présent au mariage de Claude-Jean-Baptiste Lambert de Thorigny avec Marie-Marguerite Bontemps, tous les deux signataires de ce contrat de 1685 ; Fleuriau signa le contrat Lambert-Bontemps, mais je ne sais pas s’il était présent au mariage. Quinault connaissait sans doute Alexandre Bontemps, le père de Marie-Marguerite et Premier Valet de Chambre du Roi, depuis le début des années 1660, quand il était valet de chambre ; il seront plus tard voisins sur l’Île Saint-Louis.

Marie Goujon épousa Étienne Doyrieux, marchand et consul de Paris avant 1643 (contrat de mariage d’Anne Goujon ; il figure dans plusieurs transactions du début des années 1640 décrites dans l'inventaire après décès d'Anne Goujon, avec Louis Goujon et Renée de Boulainvillier, comtesse de Courtenay). Ils auront trois enfants : Étienne, Louis et Geneviève. Louis épousera Marguerite Michelin, de qui une sœur Marie épouse un Claude Goujon ; je ne sais pas s’il a un lien de parenté entre Claude et la famille de la mère de sa belle-sœur.

Le mari de la fille de Marie Goujon et Étienne Doyrieux, Geneviève, est un homme que nous rencontrerons souvent, Jean Bellavoine, conseiller et secrétaire du roi à partir de 1671 ; il signera les contrats de mariage des deux filles de Quinault. Je reviendrai plus loin à sa famille, pour ne mentionner ici que son frère Pierre a épousé Anne Regnard, sœur du poète Jean-François, et que sa sœur Catherine a épousé Jean-Baptiste Du Vaulx, successeur de Quinault comme valet de chambre du roi.

Anne Goujon était la troisième des quatre sœurs à se marier, en 1643, avec François Menard, conseiller du roi et commissaire des guerres. Parmi les signataires du côté du futur se trouvent deux conseillers du roi, deux commis d'Intendants des Finances et deux orfèvres (ET/VI/362). Anne Goujon meurt en 1657, et Menard se remarie avec Madeleine Vestier, qui est décrite comme veuve en 1681 (AN Y//241). (Menard avait épousé en premières noces Catherine Mullot en 1637.) Dans l’inventaire après décès d’Anne Goujon en 1657, Menard est décrit comme le tuteur de Jacques, 10 ans, Pierre, 4 ans, et Élisabeth Menard, 9 mois.

Élisabeth épouse Jean du Fresne, sieur d’Aubigny, président-trésorier de France et général des finances en la généralité de Picardie. Ils seront présent au mariage de 1688, avec un Menard cousin. Du Fresne est un cousin de l’historien Charles du Fresne (1610-1692), Sieur du Cange (Michel du Fresne, l’arrière-grand-père de Jean, est le grand-père de Charles). Voici une alliance avec une deuxième famille savante (avec les Godefroy).

Nous verrons plus loin qu’il y a plusieurs mariages entre des branches de la famille Gellée et d’autres familles liées à Quinault. Nous trouvons peut-être un premier exemple dans le mariage en 1635, en secondes noces, entre un Jean Menard et Louise Gel[l]ée qui, comme beaucoup d’autres Gellée, habite aux Halles (AN Y/207, 1665 ; Y//176, f. 161, 1635).

Le mariage Louise Goujon-Jacques Bouvet
La liste des parents et amis qui ont signé le contrat de mariage de Louise Goujon et de Jacques Bouvet en 1654 est impressionnante, par le nombre et par la diversité. On y trouve 26 noms de la part de la future épouse, tandis que de la part de Bouvet il n’y a que deux neveux et deux amis. Je n’ai pas pu identifier tous les signataires, mais parmi les plus intéressants on peut citer les quatre amis en tête de la liste :
• « Maître Jacques Auguste de Thou chevalier baron de Meslay conseiller du Roy en ses conseils d’Estat president de la premiere chambre des enquestes de son Parlement ». C’est le fils du grand historien.
• « Maître Michel Lemasle prieur des Roches chantre et grand vicaire de l’eglise nostre dame de Paris ». Il était secrétaire et intendant de Richelieu.
• « Maître Jacques Gaudin chanoine en l’eglise de Paris ». Il 1687 il est décrit comme « aumonier du roi, protonotoire du saint Siege apostolique, chanoine de l’Eglise de Paris ».
• « Maître Pierre de Fogasses de Fellon [Felléon] chevalier de la Barthelasse » (une île dans le Rhône, près d’Avignon)

On trouve aussi, bien sûr, des membres des familles Picques et Goujon, aussi bien que des beaux-frères, comme les deux « cousins issu de germain a cause de leurs femmes » Jacques Deschamps, sieur de la Boullaye, avocat en parlement, et Clovis Rousseau. Comme ces noms suivent celui de Jacques Picques, ce sont probablement les maris de deux sœurs Picques.

En 1638, un Clovis Rousseau fut élu garde du Corps de la marchandise de la Mercerie, Grosserie et Joaillerie. Il fut remplacé dans l’élection de juillet 1661 ; un des candidats était Louis Bellavoine, peut-être le même que nous retrouverons plus loin. Rousseau, ou un parent avec le même nom, fut élu en 1675 consul du corps de la marchandise de la Mercerie, Grosserie et Joaillerie ; il est décédé la même année.

Il y a aussi parmi les signataires un Anthoine Rousseau, aussi bien qu’un Didier Aubier, ancien juge consul, et un Jean Aubier. On retrouvera Jean Aubier dans l’inventaire après décès de Pierre Regnard en 1657 (ET/XX/309).

Je n’ai rien trouvé sur Lambert Gobier « conseiller du Roy et esleu a Villefranche […] et valet de chambre de son altesse royalle monseigneur le duc d’Orleans ». J’ai peut-être mal transcrit le nom.

Du mariage à l’Académie Française (1660-1670)

Le mariage Quinault-Goujon
Le contrat du mariage de Louise Goujon et de Quinault, le 22 avril 1660, est bien différent. Au lieu d’une trentaine de signatures, il n’y en a que deux : « Messire Charles Testu chevalier capitaine du guet de cette ville de Paris et noble homme Nicolas Dorson con.er du roy receveur g.nal des finances en Auvergne amys communs ». L’absence de membres des deux familles et d’autres amis est sans doute due au fait que le mariage eut lieu si peu de temps après le décès de Jacques Bouvet (11 février 1660).

Une semaine plus tard, le 29 avril 1660, le registre des mariages de St. Jean en Grève (transcription par Beffara, Ms. Fr. 12.526, f. 66r) mentionne Testu du côté de Quinault et Dorson du côté de Louise Goujon, mais aussi trois autres personnes du côté de la mariée :
• Mr Guillaume Levesque, notaire au châtelet de Paris, ami
• Demoiselle Marie Huguet, femme du susdit S. Dorson et
• Damoiselle Anne Regnard, femme de Michel Savart, officiel de madame la duchesse d’Orléans amis.

Le contrat du 22 avril, aussi bien que de nombreux autres documents, fut passé devant le notaire Levesque. Marie Huguet, veuve, sera présente au mariage de sa filleule, Marie Louise Quinault, en 1685 (baptême, 23 mars 1661, Ms. Fr. 12.526, f. 98v).

Nicolas Dorson reçut sa commission de l’office de receveur général des finances en la généralité d’Auvergne à Riom en 1660. Il aura au moins deux enfants avec Marie Huguet. Françoise Dorson, dont le décès est noté dans le Mercure de France de février 1738, avait épousé en 1705, en secondes noces, Claude Huguet de Lhémerillon, Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis, et Capitaine de Grenadiers au Régiment de Bourbonnois, son cousin germain. Le Mercure note aussi que Françoise Dorson est sœur de Marie Dorson, femme de Jean Romanet, Secrétaire du Roy, et Fermier Général, morte en 1717.

Anne Regnard est bien la femme de Michel Savart, et non de Michel Favart, comme dans la transcription de Beffara. Plusieurs actes mentionnent ce couple (mariage, MC/ET/CV/392), et en 1668 il est décrit comme « maître cuisinier à Paris et écuyer de cuisine de la duchesse douairière d'Orléans » (AN Y//215, fol. 42 V°). Je ne sais pas s’il y a une parenté avec Anne Regnard, sœur du poète Jean-François ; elle n'est pas mentionnée dans le livre de Calame sur Regnard. Nous verrons que Quinault devait bien connaître sa famille.

De 1660 à 1670
Peu de temps après son mariage, Quinault achète une charge de valet de chambre du roi. Il passera un trimestre chaque année, jusqu’en 1671, auprès du roi, et il fera la connaissance d’un grand nombre de courtisans et de gens qui, comme lui, cherchent un avancement social.

Il devient aussi père de famille. Le premier enfant de Quinault, « valet de chambre ordinaire du roi », et de Louise Goujon, Marie Louise, est baptisé le 23 mars 1661. Le parrain de Marie Louise, François Mazel, était surintendant de la Maison de la Reine Marie-Thérèse. Quinault l’a sans doute connu dans l’exécution des ses fonctions de valet de chambre du roi. Nous avons déjà rencontré la marraine, Marie Huguet, présente au mariage.

Quinault et Louise Goujon auront six autres enfants, mais nous ne possédons l’acte de baptême que d’une d’entre eux, Marguerite Geneviève, née en 1665. Son parrain était Honoré Calle, marchand bourgeois de Paris, et sa marraine Marguerite Archambeau, « veuve de M. Heliot, conseiller et secretaire du roi ». Deux fils sont morts en bas âge : Philippe en 1666 et Pierre Philippe en 1676. Sur ses filles, voir la page sur mon site qui lui est consacrée.

Quand il est à Paris et qu’il n’est pas pris par ses fonctions de valet de chambre, Quinault continue à fréquenter le monde du théâtre et écrit une nouvelle pièce presque tous les ans. Il est assez connu en 1662 pour figurer sur la liste des « gratifiés » de Chapelain. Deux de ses plus grands succès, la tragédie Astrate et la comédie La Mère coquette, sont créés en 1665, lui attirant l’estime de certains mais aussi des attaques de Boileau. Même si la troisième satire de celui-ci ne paraît qu’en 1666, elle circulait en manuscrit dès la fin de 1665.

Il continue aussi à fréquenter les salons, comme celui de Mme de Brégy, qui propose des « questions d’amour » en 1661 ou 1662. Quinault, à la demande du roi, y répond ; ses réponses seront publiées en 1666. Il avait probablement commencé à fréquenter les salons précieux vers 1653, l’année de la création de sa première pièce, Les Rivales (voir plus haut).

C’est pendant cette décennie que Quinault commence à travailler pour les divertissements du roi et à faire des « paroles de musique ». On ne peut pas être certain si sa pastorale allégorique Lysis et Hespérie contenait de la musique, mais ses airs figurent dans les recueils à partir de 1660, et sa participation aux ballets de Molière est de plus en plus importante : il y a sept airs de Quinault dans Le Ballet des Muses de 1666. On lui doit Le Carnaval et La Grotte de Versailles en 1668, et il est évident qu’il côtoyait souvent Molière, Benserade, Lully, Beauchamp et d’autres musiciens, chorégraphes, décorateurs et machinistes.

Quinault n’oublie pas ses affaires. Il s’achète des rentes et des maisons, et dans ses transactions on rencontre le nom de François Huguet, sans doute un parent de Marie Huguet, marraine de la première fille de Quinault. Il s’associe en 1663 avec le comédien Floridor pour établir une messagerie royale de Paris à Cahors et Sarlat, et la permission sera accordée dans des lettres patentes du 28 juin 1664.

Les années 1670

Changement de cap
La vie et la carrière de Quinault changent assez radicalement à partir du début des années 1670. Auteur couronné, il est élu à l’Académie Française en 1670 (après le 24 mars), mais quelques mois plus tard il écrit sa dernière pièce parlée, Bellérophon (créée avant le 19 janvier 1671). Le même mois il fait les paroles chantées de Psyché, continuant sa collaboration avec Molière et se rapprochant de Corneille. L’année suivante Lully achète le privilège de l’Académie Royale de Musique et s’associe avec Quinault, qui écrit plusieurs scènes pour créer Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus (novembre 1672), à partir d’extraits de ballets de Molière. Il créera la tragédie en musique avec Cadmus et Hermione l’année suivante, et fera un livret presque tous les ans jusqu’en 1686.

Il se crée aussi une situation importante à la cour et dans la société parisienne. S’il compose des vers à la louange de Louis XIV, victorieux en Hollande, il passe moins de temps à la cour. En fait, il vend sa charge de valet de chambre en juillet 1671 et, presque en même temps (août) achète celle d’auditeur dans la Chambre des Comptes. Il devient donc conseiller du roi et collègue de plusieurs personnes dont on trouve les noms dans plusieurs documents, comme les Lambert de Thorigny, Jean Bellavoine, son futur gendre Charles Le Brun, ou Pierre Clapissons des Charrettes, qui épousera une fille d’Anne Regnard et Pierre Bellavoine. C’est aussi à cette époque (1672-1673) qu’on peut placer sa réconciliation avec Boileau.

Les familles Regnard et Bellavoine
[voir GÉNÉALOGIES POUR SITE.docx]
C’est pendant ces années charnières que nous trouvons les premiers documents qui confirment les relations entre Quinault et Louise Goujon, d’une part, et les familles Regnard, Bellavoine et Du Vaulx d’autre part. Ces trois dernières familles se connaissaient depuis assez longtemps – quand Anne Regnard épouse Pierre Bellavoine en 1657, un Du Vaulx (probablement Claude I) figure parmi les signataires.

Entre 1668 et 1671 (ET/X/141, ET/X/150), Geneviève Doyrieux, la nièce de Louise Goujon, épouse Jean Bellavoine. Celui-ci est le frère de Pierre Bellavoine, qui avait épousé Anne Regnard, la sœur du poète Jean-François, en 1657. Il était associé au commerce de Siméon Marcadé, l'époux de Marthe Regnard, soeur d'Anne et de Jean-François. Deux sœurs de Pierre et de Jean, Marie et Catherine Bellavoine, épousent deux frères, Claude
Du Vaulx II et Jean-Baptiste Du Vaulx I. C’est à celui-ci que Quinault vend sa charge de valet de chambre du roi en juillet 1671.

Quinault et Jean Bellavoine deviennent auditeurs dans la Chambre des Comptes presque au même moment – le premier en août 1671, le second probablement en septembre de la même année ; ils servent pendant le même semestre. Bellavoine, décrit comme « bourgeois de Paris » en juin 1671 (ET/X/150), est reçu conseiller secrétaire du roi le 21 septembre 1671 (Histoire chronologique de la Grande Chancellerie, t. I, p. 680). Les noms de Quinault et de Bellavoine figurent dans la liste des auditeurs dans les États de la France à partir de 1674, avec la date de 1671 pour le début de leur service.

Nous retrouverons Jean Bellavoine aux mariages des deux filles de Quinault, et dans plusieurs documents après sa mort. Son frère Pierre sera présent en 1690 pour la prisée des bijoux dans l’inventaire après décès du peintre Charles Le Brun, l’oncle du gendre de Quinault.

La famille Du Vaulx [voir
GÉNÉALOGIES POUR SITE.docx]
Je ne connais pas de documents dans lesquels Quinault et Jean-Baptiste Du Vaulx sont nommés ensemble, en dehors de la vente de la charge de valet de chambre. Néanmoins, les relations attestées entre les familles Du Vaulx et Bellavoine (AN 4028B, 23 avril 1692, par exemple), ajoutées à celles entre les familles Bellavoine et Quinault, suggèrent que les trois familles se fréquentaient.

Avant d’aller plus loin, ajoutons que les Du Vaulx et les Bellavoine connaissaient la famille de Pierre Gaillard, qui épouserait la fille de Quinault en 1688. Son père, Jean Gaillard, habitait rue de la Lingerie, dans une maison adjacente à celle de Claude Du Vaulx II. La mère de celui-ci, Barbe Fournier, était la sœur de Catherine Fournier, mère d’Anne Cousinet, femme de Nicolas Gaillard, le frère de Jean. Louis Bellavoine signa le contrat de mariage de Jean Gaillard et Madeleine Heron en 1648. Il y a aussi des liens avec la famille de Bailly, auquels je reviendrai un peu plus loin.

Les liens entre les Bellavoine et les Du Vaulx deviennent plus difficiles à comprendre quand on regarde un autre Jean-Baptiste Du Vaulx, qui a épousé en 1672 Marguerite Gellée, la nièce de Marthe Gellée, mère de J.-F. Regnard et belle-mère de Pierre Bellavoine. Je vais appeler ce Du Vaulx « Jean-Baptiste II », pour le distinguer d’avec « Jean-Baptiste I », qui est le beau-frère de Pierre Bellavoine. Jean-Baptiste II meurt en 1685 à Nantes, quand il est décrit comme « Commis pour Le Roy et L’extraord.re des guerres par la marine en Bretagne » (AN 4003B). En 1701, une liquidation établie après le décès de sa veuve le décrit de façon légèrement différente, « tresorier provincial et l’extraordinaire des guerres » (ET/ X 258).

Dans le contrat de son mariage avec Marguerite Gellée (ET/XXXV/30 ; il y est nommé Jean Devaux), Pierre Bellavoine et « monsieur Bellavoine conseiller du roy auditeur en sa chambre des comptes », qui ne peut être que Jean Bellavoine, sont décrits comme « amis dudit Sieur futur époux, et cousins de ladite future epouze ». Jean-Baptiste Du Vaulx I et ses frères ne sont pas mentionnés. Jean Bellavoine ne pourrait pas être considéré comme un cousin de Marguerite Gellée simplement parce qu’il est le frère du gendre de sa nièce ; il doit exister alors une parenté entre les Bellavoine et les Gellée dans les générations antérieures à celle de Marthe et de Michel (le père de Marguerite).

Les choses sont même moins claires quand on regarde un document de 1685 sur le choix d’un tuteur pour les enfants de Jean-Baptiste II (AN 4003B), où Pierre et Jean Bellavoine sont leurs « cousins paternels ». Comment pourraient-ils être cousins paternels des enfants, quand en 1672 ils ne sont qu’amis du père ? Faut-il conclure que le notaire de 1685 s’est trompé et qu’il aurait dû écrire « cousins maternels » ? Dans ce cas, on revient à la même hypothèse d’une parenté entre les Bellavoine et les Gellée dans les générations antérieures.

Si le notaire de 1685 ne s’est pas trompé et qu’il y a une parenté paternelle entre Jean-Baptiste Du Vaulx II et les Bellavoine, elle passe peut-être par la famille de Bailly – la mère de Jean-Baptiste II est Catherine de Bailly, et celle de Jean et Pierre Bellavoine est Marie de Bailly. Qui plus est, la grand-mère de Pierre Gaillard (gendre de Quinault) est Agnès de Bailly, sœur d’une autre Marie (de) Bailly et de Marguerite et Nicolas de Bailly. Cette Marguerite de Bailly est l’épouse de Jean-Marie Lhoste, décrit en 1648 comme cousin germain maternel de Jean Gaillard, père de Pierre. Il y a une autre fratrie avec un Nicolas, une Catherine et une Marguerite de Bailly, mais ce ne sont probablement pas les mêmes ; c’est une famille de drapiers. Je n’ai pas trouvé de documents qui prouvent que toutes ces personnes étaient parentes.

Il reste donc des liens à trouver entre ces familles, mais il semble certain que les mariages de Jean Bellavoine et des deux Jean-Baptiste Du Vaulx ont eu lieu parce que les Bellavoine, les Du Vaulx et les Gellée se connaissaient déjà. Dans ce cas, Quinault devaient connaître Jean-François Regnard au moins depuis le mariage de Jean Bellavoine avec Geneviève Doyrieux en 1671. On comprend mieux, alors, pourquoi Regnard pouvait, dans son « Épître à Monsieur Quinault », être assez familier avec notre poète pour lui demander de « châtier [s]es vers », et pourquoi il pouvait terminer son épître à Quinault par « Je te suivrai, Quinault, et du cœur et des yeux ». Selon Calame (p. 51-52), il ne s’agit pas d’une simple relecture de quelques vers, mais d’une pièce, Sapor. Regnard écrivit aussi une « Épître à Du Vaulx, adressé probablement à Jean-Baptiste I (Calame, p. 57-58).

Transactions entre les familles Quinault, Bellavoine, Du Vaulx et Regnard
Le nombre important de ventes, d’achats et de donations entre les membres de ces familles en 1671 suggère qu’ils se connaissaient assez bien pour prendre en commun des décisions concernant des transactions importantes. Nous avons déjà vu que Quinault vendit sa charge de valet de chambre à Jean-Baptiste du Vaulx I en juillet 1671. Ce n’est certes pas par coïncidence que le même mois le père de celui-ci, Claude, vendit sa charge de procureur (15 juillet 1671, ET/X/151) et fit une procuration à ses enfants pour qu’ils jouissent de ses biens (13 juillet 1671, ET/X/151). Cela aurait permis à Jean-Baptiste d’acheter la charge de valet, ce qui aurait aidé Quinault à acheter sa charge d’auditeur le mois suivant.

On peut supposer aussi que les raisons qui ont poussé Jean Bellavoine (le mari d’une nièce de Louise Goujon) à acheter une charge d’auditeur ne soient pas étrangères à celles qui étaient derrière ces transactions entre les Du Vaulx et Quinault. Deux des sœurs de Jean Bellavoine étaient mariés à des fils de Claude Du Vaulx qui, grâce à sa procuration, auraient pu aider financièrement leur beau-frère. La plupart de l’argent pour cet achat provint sans doute de la vente d’une maison par Jean Bellavoine à Marthe Gellée (la belle-mère de son frère Pierre et la mère de Jean-François Regnard). L’acte de vente (27 juin 1671, ET/X/150) mentionne Pierre et leurs parents, Louis Bellavoine et Marie de Bailly.

Voisinages
L’existence de liens d’amitié et financiers entre ces familles est d’autant plus probable qu’ils étaient voisins dans la paroisse Saint-Eustache. Quinault et Louise Goujon habitaient rue de la Grande Truanderie, entre l’église Saint-Eustache et l’actuel boulevard de Sébastopol, depuis leur mariage jusqu’en au moins 1664. Ils seront rue Saint-Martin de 1664 à 1666, puis dans le Marais (rues Sainte-Croix de la Bretonnerie et Saint-Merri) jusqu’à leur établissement Île-Saint-Louis en 1679. Ils auraient donc pu croiser de nombreux membres de ces autres familles au début de leur mariage, et ils n’en étaient pas loin jusqu’en 1679. Voici quelques exemples de ce voisinage, tirés des documents que j’ai pu consulter. Dans certains cas au moins, on devait trouver la même famille à ces adresses plusieurs années avant et après ces dates.
- rue de la Grande Truanderie
Quinault et Louise Goujon, 1660-1664
Claude Du Vaulx I, 1650 (ET/LI/524), 1671 (procuration)
Jean-Baptiste Du Vaulx II (Jean Devaux), 1672 (mariage avec Margurite Gellée)
Nicolas Du Vaulx et Emery Patu, 1692 (ET/LXIX 146)
Claude Du Vaulx III, 1692 (AN/4028B)
« dame de Vaux », 1700 (Terrier, numéros 53 et 55)
Charles Le Brun, 1700 (Terrier, numéro 55)
      C’est probablement la maison habitée par Quinault de 1660 à 1664
« dame Marcadé », 1660 (2 sœurs de J.-F. Regnard épousèrent 2 frères Marcadé)
       Trois parents de Jacques Bouvet y logent pendant l’inventaire de ses biens
Jean Des Rousseaux et Jeanne Baron, 1664 (constitution de rente, ET/C/273)

- rue de la Petite Truanderie
Marthe Gellée, 1666, achète une maison (Calame, p. 14)

- sous les piliers des Halles
Catherine de Bailly (mère de J.-B. Du Vaulx II), 1636 (XX/305)
Pierre Regnard et sa famille, 1637-1657 (Calame, p. 10)
Marthe Gellée, 1638-1671 (Calame, p. 18)
Marguerite Tiffaine, 1643 (ET/XX/307 ; voir aussi Calame, p. 10)
Michel Gellée (sœur de Marthe), 1660 (reg. de St.-Eustache, BnF ms. fr. 12526, f. 98v)

- rue Neuve Saint-Magloire (extension de la rue de la Grande Truanderie)

Marthe Gellée, et J.-F. Regnard quand il est à Paris, 1671-1693 (Calame, p. 18)

- rue de la Lingerie
Claude Du Vaulx II, 1676, 1677, 1700 (Terrier, no 21)
Jean Gaillard (père du gendre de Quinault), 1660, 1661, 1668, 1700 (Terrier, no 20)

- rue Quiquetonne (Tiquetonne)
Claude II et Jean-Baptiste I Du Vaulx, ensemble, 1668 (ET/X/141)
Claude Du Vaulx II, 1692 (AN 4028B)

- rue Saint-Denis
Louis Bellavoine et Marie de Bailly (Maison du Dauphin), 1640 (ET/XLI/102), 1657 (ET/XX/287), 1671 (ET/X/150)
Pierre Bellavoine, 1671, 1692, 1700 (ET/X/150, AN 4028B, ET/X/255)
Jean-Baptiste Du Vaulx I, 1692 (AN Y/14500, LXIX 146)

Jean Bellavoine semble être l’exception qui confirme la règle. Il habite le Petit-Pont en 1668 et la rue Saint-Jacques en 1692 (ET/X/150, AN 4028B).

* * *
Je vais m’arrêter ici, au moins provisoirement, au moment où Quinault entre dans sa carrière de librettiste. Plus précisément, je vais m’arrêter au 3 juin 1672, date d’une lettre de Lully à Louvois où il lui écrit qu’il espère avoir « l'honneur de vous voir avec Monsieur Quinault pour vous montrer quelque projet pour le retour du Roy » (il s’agit des Fêtes de l’Amour et de Bacchus, créées en novembre 1672). Ce ne sera pas le dernier entretien de Quinault avec le ministre, pour qui il écrira plusieurs poèmes (« Le Poème de Sceaux », par exemple) et à qui il pourra écrire en 1683 « l’amitié dont vous m’honorez ».

Si je me suis intéressé à toutes ces personnes que l’avocat-poète-auteur dramatique-librettiste-courtisan-auditeur a pu rencontrer, c’est bien sûr pour montrer l’étendue de ses connaissances et relations, mais surtout pour émettre l’hypothèse que ces riches bourgeois, avocats, parlementaires, receveurs, valets de chambres, auditeurs, conseillers et secrétaires du roi auraient constitué une bonne partie du public de ses opéras et que ses conversations avec ces personnes auraient pu influencer son goût et sa façon de s’exprimer. Si ses tragédies en musique étaient le spectacle le plus couru du public parisien et de la cour des années 1670 et 1680, c’est que Quinault connaissait son monde.

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Buford Norman,
17 févr. 2018 à 08:58
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