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Action de grâces de 1687

ACTIONS DE GRACES POUR LA GUERISON DU ROY

Il n’est plus des-ormais de Crainte qui nous presse ;
Les jours de nostre Roy ne sont plus menacez ;
Nos voeux ardents sont exaucez ;
La France en veut au Ciel rendre grâces sans cesse,
Et croit n’en jamais rendre assez.
Rien ne manque au bon-heur de nostre Auguste Maître ;
Craint de ses Ennemis, heureux dans ses projets,
Il a le plaisir de connaître
Qu’il est aimé de ses Sujets
Autant, s’il se pouvoit, qu’il est digne de l’être.

L’EGLISE VICTORIEUSE DE L’HERESIE1
Un Monstre, long-temps redouté
Tombe enfin sans espoir que l’Enfer le releve.
L’invincible LOUIS acheve
Ce que tant d’autres Rois ont vainement tenté.
De l’Heresie affreuse, inflexible, cruelle,
L’Eglise triomphe par luy :
Entre ses vrais Enfans, cette Mere immortelle
N’a point un plus solide appuy :
Où peut-elle icy bas faire choix aujourd’huy
D’un Defenseur plus digne d’elle ?

LES TEMPLES DE L’HERESIE DEMOLIS
[peinture de Bon Boullogne]
Les Temples qu’eleva la rebelle Heresie
Cedent à la Vertu que le Ciel a choisie
Pour leur entier renversement.
LOUIS toûjours Vainqueur leur declare la Guerre,
Et l’Arrest qu’il prononce est un coup de Tonnerre
Qui les foudroye en un moment.

LA RELIGION CATHOLIQUE RÉTABLIE DANS STRASBOURG
[peinture de Guy Hallé]
LOUIS soûmet Strasbourg, & touché d’un vray zele
Fait servir sa Gloire nouvelle
A la gloire du Dieu qui le fait triompher.
L’Heresie en fremit d’une crainte mortelle :
Cette Hydre sent déja sur elle
Appesantir la main qui la doit étouffer.

MISSION DANS LES PAÏS LES PLUS ÉLOIGNEZ
C’est peu que par des Faits d’éternelle memoire
LOUIS ait étendu sa Gloire
Du Couchant jusqu’aux Bords où renaist la Clarté ;
Du zele de la Foy sa grande Ame enflamée
Veut étendre sa Pieté
Aussi loin que sa Renommée.

DISTRIBUTION DE BLED, ET DE PAIN DANS LA DISETTE DE L’ANNÉE 1662.
[peinture d'Alexandre Ubelesqui]
Quand nos Champs sans moissons exciterent nos plaintes,
Nostre Roy fit cesser nos besoins & nos craintes.
Quels soins furent jamais si vastes que les siens ?
Sa Vertu nous prepare un sort digne d’envie ;
Faisons des voeux au Ciel seulement pour sa Vie,
Ce Bien nous répondra de tous les autres Biens.

LES INVALIDES
[peinture de Guy-Louis Vernansal]
Guerriers glacez par l’âge, ou couverts de blessures,
Racontez en repos les grandes Avantures
Du Heros glorieux que vous avez suivy.
Par luy vous joüirez d’un sort doux & paisible ;
Pour tous les malheureux son grand coeur est sensible :
Que ne fera-t-il point pour ceux qui l’ont servy ?

EDUCATION DE LA NOBLESSE
[peinture de Charles-François Poerson]
Vous dont l’unique bien est un nom glorieux
Que vous ont laissé vos Ayeux,
Cessez de redouter la pauvreté cruelle :
Profitez du secours qui vous est préparé ;
De vostre Auguste Roy la bonté paternelle
Vous offre un azile assuré.

NOTES
1. Ce sont les vers 26-35 du « Poème sur l'hérésie ».

SOURCE :
A. Description des tableaux & des autres Ornemens dont l’Académie royale de Peinture et de Sculpture a decoré l’Eglise des Reverends Peres de l’Oratoire de la ruë S. Honoré, où elle fait rendre graces à Dieu pour la guerison du ROY
Paris, N. Pepingué, [1687]
Bibliothèque de l'Arsenal, 4 H 3034 – pièce 32 ; Bibliothèque de l'École Nationale Supérieure des Beaux Arts, ms. 30
B.
Anatole de Montaiglon, « Fête et service de l’académie de peinture de Paris pour le rétablissement de la santé du roi en 1687 », Revue Universelle des Arts, 1859, t. X, p. 65-75 ; l'article contient le texte du liret.

ATTRIBUTION :
Le livret (source A), cité ci-dessous, attribue tous les vers à Quinault.

NOTE :
Le 8 février 1687, l’Académie Royale de Peinture, présidée par Charles Le Brun, fêta la guérison du roi de l’operation de la fistule. Des neuf peintures qui, avec vingt-quatre bas-reliefs, ornèrent l’Église des Révérends Pères Oratoires, huit furent accompagées d’une cartouche avec des vers de Quinault : on lit dans le livret distribué par l’Académie, à propos du second de ces tableaux, « plus bas on a écrit ces vers qui sont de M. Quinault, comme le sont tous les autres qu’on voit icy en différens cartouches ».

Quinault, dont la fille aînée avait épousé le neveu de Le Brun en 1685, connaissait sans doute le Premier Peintre du Roy depuis longtemps. Il avait déjà décrit deux ouvrages de Le Brun, la coupole du Pavillon de l’Aurore à Sceaux (le « Poème de Sceaux ») et « L'Église victorieuse de l'hérésie » (le « Poème sur l’hérésie »). Les vers 26-45 de ce dernier poème sont repris dans la deuxième de ces huit cartouches. La peinture pour cette action de grâces, exécutée en collaboration avec Coypel, est similaire, surtout la partie supérieure ; voir le livre de G. Lafage, cité ci-dessous, p. 176-180.

Je remercie Mme Gaëlle Lafage, auteur de Charles Le Brun décorateur de fêtes (Presses universitaires de Rennes, coll. « Art et société », 2015), d'avoir partagé avec moi ses informations sur ces vers de Quinault. Elle a rassemblé de nombreux documents dans un dossier sur le site du Centre de Recherches du Château de Versailles.

Je remercie Patricia Ranum pour des informations sur cet événement. On peut lire des extraits du Mercure, de la Gazette, et des comptes dans ses Panat Times.

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