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Le Triomphe de l'Amour

    Voici une transcription des vers composés par Quinault pour être chantés pendant ce ballet, où brilla la jeunesse de la cour. Dans le livret complet (Ballard, 1681), ces vers sont accompagnés d'une description de chaque entrée et de la liste des personnages qui y dansent, et suivis par les vers pour les personnages, de Benserade. Une édition moderne du livret se trouve dans le deuxième volume des Ballets pour Louis XIV, édité par Marie-Claude Canova-Green (Toulouse, Littératures Classiques, 1997).
    L’orthographe a été modernisée.
    La ponctuation est celle du livret de 1681, à l’exception d’un petit nombre de coquilles corrigées (aucune ponctuation à la fin d’une réplique, par exemple, ou un point à la fin d’une question) et d’une dizaine de vers où j’ai ajouté des virgules à l’intérieur d’un vers (ou plus rarement à la fin) pour en rendre le sens plus clair.


LE TRIOMPHE
DE
L’AMOUR.
BALLET,
DANCÉ DEVANT SA MAJESTÉ A
S. Germain en Laye le _____  jour de Janvier 1681.
A PARIS,
Par CHRISTOPHE BALLARD, seul Imprimeur
du Roy pour la Musique, ruë Saint Jean
De Beauvais, au Mont Parnasse.
M. DC. LXXXI.
Par Exprés Commandement de Sa Majesté.

VÉNUS.
Un héros, que le ciel fit naître
Pour le bonheur de cent peuples divers,
Aime mieux calmer l’univers
Que d’achever de s’en rendre le maître.
Il cherche à rendre heureux jusqu’à ses ennemis :
Tout est, par ses travaux, dans une paix profonde ;
Ce n’est plus qu’à l’Amour qu’il peut être permis
De troubler le repos du monde.

Tranquilles cœurs, préparez-vous
À mille secrètes alarmes ;
Vous perdrez ce repos si doux
Dont vous estimez tant les charmes :
Mais les troubles d’amour ont cent fois plus d’attraits
Que la plus douce paix.

Nymphes des eaux, Nymphes de ce bocage,
Faites briller vos plus charmants appas :
Plaisirs, Grâces, suivez mes pas :
Qu’avec nous tout s’engage
À célébrer la gloire de mon fils ;
Dieux qu’il a surmontés, mortels qu’il a soumis,
Venez lui rendre hommage.
L’Amour, le vainqueur des vainqueurs,
Va triompher de tous les cœurs.
Les Divinités et les Peuples répètent ces deux derniers vers.
L’Amour, le vainqueur des vainqueurs,
Va triompher de tous les cœurs.

PREMIÈRE ENTRÉE
VÉNUS.
Si quelquefois l’Amour cause des peines,
Que1 c’est un danger qu’il est doux de courir !
Ce Dieu charmant, sous ses plus rudes chaînes,
Fait aimer les maux qu’il fait souffrir :
Faut-il les craindre ?
Faut-il s’en plaindre ?
Qui les ressent n’en veut jamais guérir.
* * *
Fières beautés, vos rigueurs seront vaines,
Tout cède à l’Amour, tout se laisse attendrir.
Ce Dieu charmant, sous ses plus rudes chaînes,
Fait aimer les maux qu’il fait souffrir.
Faut-il les craindre ?
Faut-il s’en plaindre ?
Qui les ressent n’en veut jamais guérir.

IIIe ENTRÉE
DEUX PLAISIRS.
Un cœur toujours en paix, sans amour, sans désirs,
Est moins heureux que l’on ne pense :
Les plaisirs de l’indifférence
Sont d’ennuyeux plaisirs.
* * *
Les maux que fait l’Amour, ses chagrins, ses soupirs,
Ne sont des maux qu’en apparence :
Les plaisirs de l’indifférence
Sont d’ennuyeux plaisirs.

VÉNUS ET LES PLAISIRS.
Non, non, il n’est pas possible
De contraindre un cœur sensible
À n’aimer jamais :
C’est pour l’amour que tous les cœurs sont faits.

VÉNUS.
Contre un Dieu si charmant quel cœur est invincible ?

VÉNUS ET LES PLAISIRS.
On fuit en vain d’inévitables traits.
C’est pour l’amour que tous les cœurs sont faits.

VÉNUS, LES PLAISIRS, LE CHŒUR DES DIVINITÉS ET DES PEUPLES.
Non, non, il n’est pas possible
De contraindre un cœur sensible
À n’aimer jamais :
C’est pour l’amour que tous les cœurs sont faits.

Ve ENTRÉE
AMPHITRITE.
Fierté, sévère honneur, vous défendez d’aimer,
Mais pour garder nos cœurs nous donnez-vous des armes ?
Ah ! que n’empêchez-vous que l’Amour ait des charmes
Si vous ne voulez pas qu’il puisse nous charmer ?

NEPTUNE.
Cédez, belle Amphytrite, à mes soins amoureux,
Cédez à ma persévérance.
Je tiens la vaste mer sous mon obéissance ;
J’ouvre et ferme à mon gré ses gouffres les plus creux ;
Je soulève les flots, et je puis quand je veux
Calmer leur violence :
Mais quelle que soit ma puissance,
Si je ne puis fléchir votre cœur rigoureux,
Je ne puis jamais être heureux.

AMPHITRITE.
Ah ! qu’un fidèle amant
Est redoutable !
J’avois juré de fuir un tendre engagement,
Je ne le croyais pas un mal inévitable :
Pourquoi m’obligez-vous à rompre mon serment ?
Ah ! qu’un fidèle amant
Est redoutable !
Que n’aimez-vous moins constamment !
Je goûtais un repos aimable ;
Vous m’ôtez un bien si charmant.
Ah ! qu’un fidèle amant
Est redoutable !

NEPTUNE.
Quoi ! je puis voir enfin cesser votre rigueur ?

AMPHITRITE.
Malgré moi votre amour vainqueur
Me réduit à me rendre :
Vous n’auriez pas mon cœur
S’il pouvait encor se défendre.

NEPTUNE et AMPHITRITE.
Il faut aimer, c’est un fatal destin ;
Qui croit s’en affranchir s’abuse :
L’Amour arrache à la fin
Le tribut qu’on lui refuse.

NEPTUNE.
Divinités qui me faites la cour,
Admirez avec moi le pouvoir de l’Amour.

VIe ENTRÉE
NEPTUNE et AMPHITRITE chantent ensemble.
C’est en vain qu’à l’Amour on se veut opposer,
L’atteinte de ses traits n’en est que plus profonde.
Son empire est l’écueil où se viennent briser
Les plus superbes cœurs du monde.
C’est en vain qu’à l’Amour on se veut opposer,
Il n’est rien de si froid qu’il ne puisse embraser,
Il brûle jusqu’au sein de l’onde.
C’est en vain qu’à l’Amour on se veut opposer,
L’atteinte de ses traits n’en est que plus profonde.

AMPHITRITE.
Un cœur qui veut être volage
Se laisse aisément engager,
Mon cœur malaisément s’engage
Mais c’est pour ne jamais changer.

NEPTUNE et AMPHITRITE.
Avant que de prendre une chaîne,
Peut-on trop longtemps y songer ?
Il faut s’engager avec peine,
Quand c’est pour ne jamais changer.

VIIIe ENTRÉE
DIANE.
Va, dangereux Amour, va, fuis loin de ces bois,
Je veux y conserver la paix et l’innocence.
Les plus grands dieux t’ont cédé mille fois,
Et je prétends toujours te faire résistance.
Plus on voit de grands cœurs asservis à tes lois,
Plus il est beau de braver ta puissance.
Va, dangereux Amour, va, fuis loin de ce ces bois,
Je veux y conserver la paix et l’innocence.

IXe ENTRÉE
DIANE chante au milieu des Nymphes qui dansent.
Un cœur maître de lui-même
Est toujours heureux.
C’est la liberté que j’aime,
Elle comble tous mes vœux.
Un cœur maître de lui-même
Est toujours heureux.
Fuyons la contrainte extrême
D’un esclavage amoureux.
Un cœur maitre de lui-même
Est toujours heureux.

DIANE continue à chanter au milieu de ses Nymphes qui dansent.
Dans ces forêts venez suivre nos pas,
Vous qui voulez fuir l’Amour et ses flammes :
C’est vainement qu’il menace nos âmes,
Tous ses efforts n’en triomphent pas,
Malgré l’Amour, au mépris de ses armes,
Notre fierté ne se rend jamais ;
Malgré ses traits
Nous vivons sans alarmes,
Malgré ses traits
Nous vivons en paix.
* * *
Ce dieu si fier, si terrible, et si fort,
Perd son pouvoir quand on veut s’en défendre,
S’il est des cœurs qu’il oblige à se rendre,
C’est qu’en secret ils en sont d’accord.
Malgré l’Amour, au mépris de ses armes,
Notre fierté ne se rend jamais,
Malgré ses traits
Nous vivons sans alarmes,
Malgré ses traits
Nous vivons en paix.

Xe ENTRÉE
LA NUIT
Voici le favorable temps
Où tous les cœurs doivent être paisibles.
Le silence revient, fuyez, bruits éclatants :
Reposez-vous, travaux pénibles.
Cœurs agités de soins et de désirs flottants,
Soyez calmés dans ces heureux instants :
Oubliez vos ennuis, cœurs tendres, cœurs sensibles
Que l’Amour ne rend pas contents.
Voici le favorable temps
Où tous les cœurs doivent être paisibles.

LE MYSTÈRE.
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.
Étends, obscure nuit tes voiles les plus sombres :
Prends soin de redoubler tes ombres
En faveur des amants heureux :
On ne peut trop cacher les secrets amoureux.

LA NUIT.
Il est des nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.
Le calme et le repos sont un puissant secours
Pour soulager les âmes languissantes,
L’ombre est favorable aux amours ;
Il est des nuits charmantes
Qui valent bien les plus beaux jours.

LE MYSTÈRE.
L’amour heureux doit se taire ;
Son bonheur ne dure guère,
Lorsqu’il ne le cache pas.
Le mystère
En doit faire
Les plus doux appas.

LA. NUIT.
Amants, ne craignez rien, l’ombre vous sert d’asile,
Veillez, heureux amants, les plaisirs les plus doux
Veilleront avec vous.

LE SILENCE.
Que tout soit tranquille,
Taisons-nous.

LE MYSTÈRE.
L’éclat est dangereux, le secret est utile,
Amants, veillez sans bruit, il n’est que trop facile
D’éveiller les fâcheux jaloux.

LE SILENCE.
Que tout soit tranquille,
Taisons-nous.

LA NUIT, LE MYSTÈRE et LE SILENCE.
Que tout soit tranquille,
Taisons-nous.

DIANE.
Je ne puis plus braver l’Amour et sa puissance,
Endymion m’a paru trop charmant ;
Mon trouble s’accroît quand j’y pense,
Et malgré moi j’y pense à tout moment.
Mon cœur qui fut si fier se lasse enfin de l’être ;
Dans des liens honteux il demeure engagé :
Je trouve mon cœur si changé,
Que j’ay peine à le reconnaître.
J’ay trop bravé l’Amour et l’Amour s’est vengé.

Nuit charmante et paisible,
Tu rends le calme à l’univers.
Hélas ! rends-moi, s’il est possible,
Le repos que je perds.

LA NUIT.
L’Amour veille quand tout repose :
Il va troubler les cœurs qu’il a contraints d’aimer.
Le premier trouble qu’il cause,
Est difficile à calmer.

DIANE.
Malgré tous mes efforts un trait fatal me blesse
Et du fond de mon cœur je ne puis l’arracher.
Qui ne peut vaincre sa faiblesse
Doit au moins la cacher.

Sombre Nuit, cache-moi s’il se peut à moi-même.
Prête à mon cœur troublé tes voiles ténébreux
Pour couvrir son désordre extrême ;
Cache à tout l’univers la honte de mes feux,
Dérobe ma faiblesse aux yeux de ce que j’aime,
Sombre Nuit, cache-moi s’il se peut à moi-même.

LA NUIT.
Vous, qui fuyez la lumière et le bruit,
Songes, rassemblez-vous dans mon obscur empire ;
Secondez-moi, c’est l’Amour qui m’instruit
À charmer la rigueur d’un amoureux martyre.
Exécutez ce qu’il m’inspire :
Qu’Endymion en dormant soit conduit
Où Diane en secret soupire.
Songes, obéissez aux ordres de la Nuit.

XIIe ENTRÉE
CHOEUR DE PEUPLES DE CARIE.
Diane, dissipez nos craintes ;
Revenez briller dans les cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Écoutez nos cris et nos plaintes ;
Rallumez vos clartés éteintes ;
Revenez briller dans les cieux,
Revenez éclairer ces lieux.

UN DES CARIENS.
De quel funeste mal sentez-vous les atteintes ?
Qui vous a pu troubler ? Est-ce un charme odieux ?
Qui, par de fatales contraintes,
Vous arrache du ciel et vous cache à nos yeux ?
Sommes-nous menacés par le courroux des dieux ?

LE CHOEUR.
Diane, dissipez nos craintes,
Revenez briller dans les cieux,
Revenez éclairer ces lieux.
Écoutez nos cris et nos plaintes,
Rallumez vos clartés éteintes,
Revenez briller dans les cieux,
Revenez éclairer ces lieux.

UN INDIEN de la suite de Bacchus.
Bacchus revient vainqueur des climats de l’aurore,
Il traîne après son char mille peuples vaincus :
Il méprisait l’Amour, mais l’Amour est encore
Un vainqueur plus puissant mille fois que Bacchus.

Il aime enfin, sa fierté se désarme ;
D’un seul regard Ariane le charme ;
À ce superbe cœur l’Amour donne des fers.
Bacchus n’a triomphé du monde qu’avec peine,
Et qu’après cent travaux divers ;
L’Amour sans effort enchaîne
Le vainqueur de l’univers.

DEUX INDIENNES de la suite de Bacchus.
Non, la plus fière liberté
Contre l’Amour n’est pas en sûreté
Entre les bras de la Victoire.
L’éclat de mille exploits d’éternelle mémoire
N’exempte pas des tourments amoureux,
On n’est pas moins atteint d’un mal si dangereux
Pour être au comble de la gloire ;
Non, la plus fière liberté
Contre l’Amour n’est pas en sûreté
Entre les bras de la Victoire.

UN INDIEN.
Tout ressent les feux de l’Amour ;
Sa flamme va plus loin que la clarté du jour.

UNE INDIENNE.
Rien ne respire
Qui ne soupire.

UNE AUTRE INDIENNE.
Dans les plus froids climats
Est-il un cœur qui ne s’enflamme pas ?

L’INDIEN.
Plus loin que le soleil, dans sa vaste carrière
Ne porte la lumière,
De l’amoureuse ardeur on ressent les appas.

LES DEUX INDIENNES.
Tout l’univers serait sans âme,
S’il n’était pénétré d’une si douce flamme.

L’INDIEN, LES DEUX INDIENNES et LE CHŒUR.
Tout ressent les feux de l’Amour ;
Sa flamme va plus loin que la clarté du jour.

XIVe ENTRÉE
L’INDIEN, LES DEUX INDIENNES ET LE CHŒUR2.
Pourquoi tant se contraindre
Pour garder son cœur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l’Amour vainqueur ?

UNE INDIENNE.
On se plaint sans raison d’être sensible :
Tous les biens sans l’amour sont des biens imparfaits,
On se lasse d’un cœur toujours paisible,
On s’ennuie à la fin d’une trop longue paix.

L’INDIEN, LES DEUX INDIENNES et LE CHŒUR.
Pourquoi tant se contraindre
Pour garder son cœur ?
Eh ! quel mal peut-on craindre
De l’Amour vainqueur ?
* * *
Quelle heureuse faiblesse !
Quel heureux tourment !
Non, l’Amour ne nous blesse
Que d’un trait charmant.

UNE INDIENNE.
Ses douleurs font verser de douces larmes ;
Il accroît les plaisirs par ses alarmes ;
Il nous cause des maux dont les dieux sont jaloux :
Ah ! quel cœur peut tenir contre ses charmes !

L’INDIEN et LES DEUX INDIENNES.
Ah ! cédons, rendons-nous,
Rendons les armes ;
Ah ! cédons à ses coups,
Il n’est rien de si doux.

L’INDIEN, LES DEUX INDIENNES et LE CHOEUR.
Quelle heureuse faiblesse !
Quel heureux tourment !
Non, l’Amour ne nous blesse
Que d’un trait charmant.

MERCURE.
D’une affreuse fureur Mars n’est plus animé,
Et les Amours l’ont désarmé ;
Amphitrite à son tour brûle au milieu de l’onde ;
Au milieu des glaçons Borée est enflammé ;
Diane et Bacchus ont aimé ;
L’Amour doit vaincre tout le monde.

Que sert contre l’Amour de s’armer de fierté ?
Dans ses liens charmants il faut que tout s’engage ;
Un si doux esclavage
Vaut bien la liberté.

Suivons l’Amour, portons sa chaîne ;
N’attendons pas qu’il nous entraîne ;
Tout reconnaît son pouvoir souverain,
Épargnons-nous la peine
D’y résister en vain.
Suivons l’Amour, portons sa chaîne,
N’attendons pas qu’il nous entraîne.

LE CHŒUR DES DIVINITÉS et PEUPLES PLACÉS AUTOUR DU THÉÂTRE.
Suivons l’Amour, portons sa chaîne ;
N’attendons pas qu’il nous entraîne :
Tout reconnaît son pouvoir souverain,
Épargnons-nous la peine
D’y résister en vain.
Suivons l’Amour, portons sa chaîne,
N’attendons pas qu’il nous entraîne.

XIXe ENTRÉE
NYMPHE DE FLORE QUI CHANTE.
Que de fleurs vont éclore !
Le Zéphyr aime Flore ;
L’Amour vient rendre heureux
Les cœurs touchés de ses feux.
Nos plus charmants bocages
N’ont pas toujours leurs feuillages,
Mais les amants contents
Ont de beaux jours en tout temps.
* * *
Goûtez, amants fidèles,
Des douceurs éternelles.
Heureuses les amours
Qui peuvent durer toujours !
Nos plus charmants bocages
N’ont pas toujours leurs feuillages,
Mais les amants contents
Ont de beaux jours en tout temps.

L’AMOUR.
Tout ce que j’attaque se rend ;
Tout cède à mon pouvoir extrême ;
J’enchaîne quand je veux le plus fier conquérant,
Et j’abaisse à mon gré la majesté suprême.
Dans le ciel, Jupiter même
Suit mes lois en soupirant :
Plus un cœur est grand,
Plus il faut qu’il aime.

XXe ENTRÉE
NYMPHE DE LA SUITE DE LA JEUNESSE.
Ne troublez pas nos jeux, importune raison3.
Vous aurez votre tour, fière sagesse.
Vos sévères conseils ne sont pas de saison,
Réservez les chagrins pour la vieillesse.
Tous nos jours sont charmants, tout rit à nos désirs ;
C’est le temps des plaisirs
Que la jeunesse.
* * *
Nous devons à l’Amour les plus beaux de nos ans,
Il prépare nos cœurs à sa tendresse :
Il s’amuse avec nous à des jeux innocents,
Nous laissons les chagrins à la vieillesse.
Tous nos jours sont charmants, tout rit à nos désirs ;
C’est le temps des plaisirs
Que la jeunesse.

JUPITER et LES CHŒURS.
Triomphez, triomphez Amour victorieux ;
Triomphez, triomphez des mortels et des dieux.
Vous imposez des lois à toute la Nature ;
Vous enflammez le sein des mers ;
Vos feux percent la nuit obscure
Du séjour profond des enfers :
Votre chaîne s’étend aux deux bouts de la terre ;
Vos traits s’élèvent jusqu’aux cieux :
Vos coups sont plus puissants que les coups du tonnerre ;
Triomphez, triomphez Amour victorieux,
Triomphez, triomphez des mortels et des dieux.

NOTES
1. Le « Que » au début de ce vers manque dans le texte de l’édition de 1778 du Théâtre de Quinault (t. 5), mais il est présent dans celui des l’éditions de 1715 et de 1739 et dans celui du Recueil général des opéra de 1703. Ces vers ne figurent pas dans la partition de 1681 (Christophe Ballard), mais dans l'exemplaire de la BnF Vm2-50, un ajout manuscrit au "Deuxième menuet pour les mêmes [Les Grâces, les Dryades et les Nymphes]" donne ces paroles, avec le "Que". Cela crée un vers de onze syllabes là où l’on pourrait s’attendre à un décasyllabe, comme les vers 1, 3 et 7 de ces deux strophes, mais on trouve un vers de onze syllabes similaire dans la deuxième strophe ("Tout cède à l'amour [...]"), et il y a une note dans la partition pour chacune des onze syllabes.

2. Cet air commence p. 25, en haut de la page. Cependant, à la fin de la page 24, après la liste des personnages dansants de cette quatorzième entrée, on trouve les deux premiers vers de cet air, introduits, comme à la page 25, par « L’Indien, les deux Indiennes & le Chœur, chantent au milieu de cette Entrée ». Cette répétition est sans doute une erreur.

3. Dans le livret de 1681, un point d’interrogation termine les vers 1, 2 et 4 de cet air.



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