Ballet des Muses

Le Ballet des Muses (LWV 32) fut dansé pour la première fois le 2 décembre 1666 et repris plusieurs fois, jusqu’au 19 février 1667, avec de nombreuses modifications. La musique est de Jean-Baptiste Lully.

On attribrue normalement la conception générale du ballet à Benserade, et les paroles de Mélicerte, de La Pastorale comique et du Sicilien sont publiées dans les œuvres de Molière, mais étant donné la contribution importante de Quinault, on peut se demander, avec Manuel Couvreur (« La Collaboration de Molière et Quinault avant Psyché », p. 28) si on ne pourrait pas en attribuer la « paternité » à Quinault.

Robinet, dans une lettre datée le 12 juin 1667, où il décrit une reprise de ce ballet, parle de « deux comédies / Qu’y joignit le tendre Quinault ». Il semble presque certain que Les Poètes, une « petite comédie » qui constitue la sixième entrée, est de la main de Quinault. Comme le texte du ballet n’a pas été conservé (il ne reste que le résumé imprimé dans le livret), il est impossible de savoir quelle était la seconde de ces deux comédies. Il est possible qu'il s'agisse de la "Mascarade espagnole", qui fait partie des Poètes. Comme le suggère G. Couton (II, p. 1353-1354), on a pu ajouter cette mascarade pour "rajeunir" le ballet et pour profiter de la présence d'une troupe espagnole à Paris au début de 1667. Il pourrait s'agir aussi de la « petite comédie intitulée les Madrigaux » que, selon Boscheron, auteur de la Vie de Quinault publiée en tête de l’édition de son théâtre en 1715 (p. 60), l’on trouva dans les papiers de Quinault après sa mort

Les recueils poétiques des années 1660 attribuent sept airs du Ballet des Muses à Quinault : deux dans Les Poètes, un dans l’entrée III (La Pastorale comique), deux dans l’entrée IV, un dans l’entrée VII et un dans l’entrée X.

C’est une œuvre avec, comme le dit justement le regretté James Anthony, « plus de visages que Protée ». Pour la création, la troupe de Molière joua pendant la troisième entrée la comédie Mélicerte, incomplète. Elle fut remplacée le 5 janvier 1667 par La Pastorale comique, et on ajouta Le Sicilien (entrée XIV) en février. On peut constater ces modifications, entre autres, dans plusieurs éditions du livret publiées par Robert Ballard, avec la même page de titre, datée 1666. Comme les premières ne contiennent qu’une brève mention de La Pastorale comique et des Poètes, les paroles de « N’attendez pas » (entrée III), « Ah ! qu’en aimant » et « La plus belle jeunesse » (entrée VI) n’y figurent pas. (Dans la liste des sources de ces airs, je donne comme exemple de ces premières éditions l’exemplaire F-Pn Rés-Yf-1559, et comme exemple des dernières l’exemplaire F-Pn Rés-Yf-1562.)

Pour de plus amples informations, et surtout pour de nombreuses citations des lettres de Robinet et d'autres textes contemporains, voir le site Molière 21.

Les sept airs de Quinault sont :
1. « N’attendez pas qu’ici je me vante moi-même » (entrée III)
Air de Filène. C’est la scène 12 (sur 15) de La Pastorale comique. Filène et son rival Lycas « pressent [la bergère Isis] de décider lequel d’eux aura la préférence ».
2-3. « Vous savez l’amour extrême » et « Vivons heureux » (entrée IV)
Ces deux « chansons en dialogue » sont chantées par deux bergers et un chœur. Les deux chansons sont suivies par une danse pour 4 bergers, dont le Roy, et 4 bergères, avec 8 bergers chantants et 8 bergères chantantes.
4-5. « Ah ! qu’en aimant » et « La plus belle jeunesse » (entrée VI)
C’est la scène 3 des Poètes, une mascarade « composée d’une danse d’Espagnols et d’Espagnoles ». Les deux airs sont des « imitations » en français de deux airs en espagnol. Le livret donne la première strophe de chaque air, suivie de son « imitation », puis une suite de la mascarade, avec la suite des deux airs en espagnol, suivis par leur suite en français.
6. « Amour trop indiscret » (entrée VII)
Orphée (Lully), par les divers tons de sa lyre (son violon), « inspire les mêmes mouvements » à une nymphe (Mlle Hylaire ; dans la partition copiée par Philidor, il s’agit d’Eurydice). Transportée par l’harmonie d’Orphée, elle chante cet air.
7. « Le soin de goûter la vie » (entrée X)
Récit du Satyre (M. Le Gros) qui interrompt les danses rustiques de quatre Faunes et de quatre Femmes sauvages.
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