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La Bruyère

Le phénix de la poésie chantante renaît de ses cendres; il a vu mourir et revivre sa réputation en un même jour. Ce juge même si infaillible et si ferme dans ses jugements, le public, a varié sur son sujet: ou il se trompe, ou il s’est trompé. Celui qui prononcerait aujourd’hui que Q** en un certain genre est mauvais poète, parlerait presque aussi mal que s’il eût dit il y a quelque temps: Il est bon poète.
Caractères, “Des Jugements” §13

     L’on voit bien que l’Opéra est l’ébauche d’un grand spectacle ; il en donne l’idée.
    Je ne sais pas comment l’Opéra, avec une musique si parfaite et une dépense toute royale, a pu réussir à m’ennuyer.
    Il y a des endroits dans l’Opéra qui laissent en désirer d’autres ; il échappe quelquefois de souhaiter la fin de tout le spectacle : c’est faute de théâtre, d’action, et de choses qui intéressent.
    L’Opéra jusques à ce jour n’est pas un poème, ce sont des vers ; ni un spectacle, depuis que les machines ont disparu par le bon ménage d’Amphion et de sa race : c’est un concert, ou ce sont des voix soutenues par des instruments. C’est prendre le change, et cultiver un mauvais goût, que de dire, comme l’on fait, que la machine n’est qu’un amusement d’enfants, et qui ne convient qu’aux Marionnettes. Elle augmente et embellit la fiction, soutient dans les spectateurs cette douce illusion qui est tout le plaisir du théâtre ; où elle jette encore le merveilleux. Il ne faut point de vols, ni de chars, ni de changements, aux Bérénices et à Pénélope : il en faut aux Opéras, et le propre de ce spectacle est de tenir les esprits, les yeux et les oreilles dans un égal enchantement.

Caractères, “Des Ouvrages de l'esprit, §47

Ces textes ont été publiés après la mort de Quinault :
- "Le phénix de la poésie chantante" : 4e éd., 1689
- Les trois premières phrases du second extrait ("L'on voit bien ... qui intéressent") : 1ère éd., 1688
- Le reste de cet extrait ("L'opéra ... enchantement") : 4e éd., 1689



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