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Boursault

On doit à Edme Boursault (1638-1701) un des commentaires les plus connus sur la tendresse de Quinault (Sa « Gazette » (lettres en vers) du 19 juillet 1665, dans Lettres de respect, d'obligation & d'amour de Monsieur Boursault, Paris, Guignard, 1669 [achevé de publier 31 août 1668], p. 25-26) :
Un autre Esprit fort qui souhaite
Que je fasse aussi la Gazette,
C'est Quinault, vous le connoissez,
Dire son Nom, c’est dire assez :
C’est un Autheur doux, agreable,
A qui la Scene est redevable :
Il écrit toûjours tendrement :
Il conjugue Amo galamment ;
Jamais Autheur, hor-mis luy-mesme,
N’a tant de fois dit je vous ayme ;
Et de plus, selon le goust mien,
On ne l’a jamais dit si bien ;


Boursault prit la défense de Quinault dans une de ses lettres à Babet, à qui il envoie les Satires de Boileau. Babet répond :
« La lecture des Satyres de Despreaux que tu m’envoyas hier matin, fut mon occupation d’hier au soir. J’y trouvay quantité de choses qui ne sont gueres moins spirituelles, que si elles venoient de Toy ; & son Ouvrage, à mon sens, n’en seroit pas moins Galant quand il offenceroit un peu moins de Monde. Le pauvre Monsieur Quinault, que j’ayme de tout mon cœur, depuis que j’ai veu l’Astrate, y est traité miserablement ; & je crois cependant, que ceux qui les connoissent l’un et l’autre, & qui leur rendent Justice, ont plus d’estime pour l’Injurié que pour l’injuriant. »
Lettres de respect, d’obligation & d’amour (Paris, Jean Guignard, 1669), p. 312)

Boursault met en scène une discussion des mérites de Boileau et de Quinault dans sa comédie La Satire des Satires (Paris, Ribou, 1669, p. 30-32) :

LE CHEVALIER.
[...]
Mais respecte Madame, elle est si délicate.....
LE MARQUIS.
Il est vrai, Dieu me damne ! Elle approuve l’Astrate.
AMARANTE.
Quoi l’Astrate ?
LE MARQUIS.
       L'Astrate !
ORTODOXE.
Ah mon Dieu ! ie l'ay veu !
Que les Vers en sont forts, & que tout m'en a plû !
J'en revins satisfaite autant qu'on le puisse estre ;
Un Ouvrage si beau, part de la main d'un Maistre ;
Bien des Gens qu'il charma, l'applaudirent tout haut.
Dites-moi, s'il vous plaist, qui l'a fait?
BOURSAULT.
C'est Quinault.
ORTODOXE.
Bon, Quinault !
EMILIE.
Oüy, vrayment : voudroit-il vous le dire ?
ORTODOXE.
Quoy, le mesme Quinault que Despréaux déchire ,
A composé ...
EMILIE.
L’Astrate, Où l'on donne un Anneau.
ORTODOXE.
Ie suis au desespoir, de l'avoir trouvé beau.
Il me parut charmant, j'en admirai le tendre ;
Mais si jamais i'y vais, i'en dirai pis que pendre :
Il ne doit rien valoir, car Despréaux le dit.
LE MARQUIS.
Quoi que ce soit.
LE CHEVALIER.
Tout beau, Quinault a de l'Esprit.
AMARANTE.
Et du beau..
ORTODOXE.
Monsieur raille, ou Madame le flate.
LE MARQUIS.
S'il avoit de l'esprit, auroit-il fait L’Astrate ?
LE CHEVALIER.
Parle mieux de l'Astrate, ou du moins n'en dis rien ;
Il a charmé Madame.
ORTODOXE.
Ah ! ie m'en repens bien.
A tous les beaux endroits que l'Acteur y rencontre,
Ie fis le brouhaha, mais ie proteste contre.
On doit me pardonner, si ie le fis tout haut ;
Ce fut innocemment que i'applaudis Quinault :
Si l'Auteur, par l'Ouvrage, avoit pû se connoistre,
Ie l'aurois trouvé laid, tout galant qu'il puisse être,
En conscience.
EMILIE.
Et vous, depuis quand, & pourquoy,
Estes-vous gendarmé contre l’Astrate ?
LE MARQUIS.
Moi ?
EMILIE.
0üy, vous, oüy.
LE MARQUIS
I'aime assez, depuis quand..
EMILIE.
Il me semble
Que dans sa nouveauté nous le vismes ensemble :
Ie ne sçais depuis quand vous vous estes dédy,
Mais ie sçais qu'à mes yeux vous l'avez applaudy,
Et qu'en vous démembrant pour loüer cet Ouvrage,
Comme font la plupart des Marquis de vostre âge,
De vos bras fatiguans vous donnâtes cent coups
A ceux qui par malheur s’étoient mis pres de vous :
Vous trouvâtes la Piéce admirablement belle.
LE MARQUIS.
Elle étoit belle aussi, quand elle étoit nouvelle,
Mais elle ne l'est plus à présent.
LE CHEVALIER.
Ah ! fort bien.
Pompée est déjà vieux, il ne vaut donc plus rien ?
Dans deux ans l’Alexandre, et sa Sœur Andromaque
Ne seront donc plus beaux, si quelqu’un les attaque ?
Le Cid, dont tout Paris adora la beauté,
A donc perdu sa grace avec sa noiuveauté
A ce comte ? […]


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