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Louis Sarrazain

Pour quelques informations, et des photos, de ces spectacles extraordinaires, on peut consulter le site de la Médiathèque de Béziers.

Les Fêtes d’Armide des 28 et 30 août [1904]
AUX ARENES DE BÉZIERS
    A l’approche des fêtes exceptionnelles qui attirent tous les ans des milliers d’étrangers venus de toutes les directions, ainsi que les principaux représentants de la presse étrangère, notre correspondant, à qui M. Castelbon de Beauxhostes a communiqué la lettre du New York Herald, annonçant l’intérêt que ses lecteurs anglo-saxons prennent à ces fêtes, nous adresse l’étude suivante dont nos amis pourront apprécier toute l’utilité au cours des deux grandes représentations :
QUINAULT ET SON CHEF-D’ŒUVRE
    Le poète que seize mille spectateurs doivent applaudir après Louis Gallet en nos arènes, a dû d’abord à Boileau d’être connu de la plupart d’entre nous, sur le banc des humanités, par des critiques plutôt satyriques.
Il n’en reste pas moins le vrai créateur du libretto d’opéra, parce que dans ce genre, il est le seul dont toutes les œuvres aient une valeur propre, indépendante de la musique ou de la représentation et complète par elle-même.
    Philippe Quinault naquit à Paris, le 5 juin 1635, d’une bonne famille. D’abord domestique de Tristan l’Hermite, un poète appréciateur de son jeune talent et qui lança sous son nom la comédie Les Rivales, il acheta à la mort de celui-ci, 1656, une charge de valet de chambre du roi.
    C’est au cours de la période difficile de son existence qu’il compose La Généreuse ingratitude, l’Amant Indiscret ou l’Étourdi qui rappelle celui de Molière. La Comédie sans Comédie, est la carte d’échantillons des talents divers de Quinault : on y voit au quatrième acte, la tragédie de Clorinde tirée du Tasse ; et au cinquième la tragi-comédie d’Armide et Renaud, première ébauche du célèbre opéra. Il avait alors 20 ans.
Lully composait la musique des opéras de Quinault parce qu’il trouvait en lui seul toutes les qualités qu’il désirait : une oreille délicate, des paroles harmonieuses, un goût tourné à la tendresse, cent manières différentes de varier le sentiment, une grande facilité à rimer et surtout une docilité très rare pour se conformer toujours aux idées du musicien.
    Cet opéra fut représenté pour la première fois à l’Académie royale de musique le 15 février 1780. La distribution des rôles paraîtra à nos lecteurs la préparation la plus heureuse aux représentations qui vont avoir lieu.
    Armide, Mme Félla Litvinne, de l’Opéra, magicienne, nièce d’Hidraot, roi musulman de Damas ; Phénice, Mlle Bergès, des théâtres de Rouen et de Nice, confidente d’Armide ; Sidonie, Mlle Céleste Gril, de l’Opéra-Comique, autre confidente d’Armide ; Hidraot, M. Arnaud, du théâtre de Bordeaux, magicien, roi de Damas.
    Le peuple de Damas, représenté par les chœurs.
    Aronte, M. Billot, de l’Opéra-Comique, conducteur des chevaliers qu’Armide a fait mettre aux fers ; Renaud, M. Valentin Duc, de l’Opéra dont le buste et les membres puissants évoqueront bien, sous l’armure et le justaucorps, les souvenirs du plus renommé des chevaliers du camp de Godefroy ; Artémidor, M. Fonteix jeune, des théâtres de Lyon, le Caire, un des chevaliers captifs d’Armide et que Renaud a délivrés ; un démon transformé en naïade, Mlle Meny-Bourgeois.
    Troupe de démons transformés en nymphes, bergers et bergères.
    Autre troupe de démons volants transformés en zéphyrs.
    La Haine, Mlle Armande Bourgeois, de l’Opéra, accompagnée des Furies, la Cruauté, la Vengeance, la Rage.
    Ubalde, M. Laffont, du théâtre municipal de la Gaieté de Nice, chevalier qui va chercher Renaud ; un démon sous la figure de Lucinde, Mlle Joséphine Grozategni, encore du Conservatoire, dernière année, fille danoise aimée du chevalier danois ; groupe de démons transformés en habitants champêtres de l’île où Armide tient Renaud enchanté un démon sous la figure de Mélisse, Mlle Lovente, de l’Opéra, fille italienne aimée d’Ubalde.
Les Plaisirs, troupe de démons qui paraissent sous la figure d’amants fortunés, d’amantes heureuses accompagnant Renaud dans le palais enchanté.
    L'Opéra s’ouvre par un prologue où la Gloire et la Sagesse sont accompagnées d’une troupe […].
    Le premier acte […].
    Au deuxième acte, […].
    Le troisième acte […].
    Au quatrième acte, […].
    Le cinquième acte […] l’héroïne part sur un char volant.
    Cette invocation à la Haine que la musique de Lulli avait rendue célèbre atteignit avec Gluck le sublime du genre. Il est difficile de traduire d’avance l’impression qui se dégagera d’une exécution aussi grandiose que la promettent nos masses orchestrales dans nos vastes arènes.
    Jamais œuvre ne fut tant admirée et ne méritait mieux les suffrages des foules. Style brillant, heureuse ordonnance, sentiments tendres, pensées mâles dont Gluck après Lulli s’empara pour leur donner une vie nouvelle ; une vie dont chaque spectacle sera comme transfiguré au jour de la représentation tant est parfaite l’harmonie entre les génies jumeaux de la poésie et de la musique.
    Beautés d’ensemble et de détails, intérêt croissant d’acte en acte, spectacle varié et magique qui charmera tour à tour et étonnera les yeux sans les détourner de l’action, talent des interprètes, art des décorateurs tels que celui de Jambon et Bailly de l’Opéra, tout présage un triomphe pour le théâtre en plein air.
    La foule y associera les hommes de génie à qui l’art français doit un chef-d’œuvre, le généreux initiateur M. Castelbon de Beauxhostes, et les artistes particulièrement engagés pour cette grandiose et surprenante interprétation.
Louis SARRAZAIN
L'Express du Midi, Béziers, le 24 août 1904, p. 14
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