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Lagrange-Chancel

    Le feu Roi [Louis XIV] ayant résolu de donner à toute sa cour une de ces grandes fêtes dans lesquelles il aimoit à se délasser de ses travaux, voulut prendre les avis de Racine, de Quinaut, & de Molière, que parmi les grands génies de son siécle, il regardoit comme les plus capables de contribuer, par leurs talens, à la magnificence de ses plaisirs.
     Pour cet effet, il leur demanda un sujet où pût entrer une excellente décoration qui représentoit les enfers, & qui étoit soigneusement conservée dans ses garde-meubles. Racine proposa le sujet d’Orphée ; Quinaut, L’enlevement de Proserpine, dont il fit dans la suite un de ses plus beaux opéra ; & Molière, avec l’aide du grand Corneille, tint pour le sujet de Psyché, qui eut la préférence sur les deux autres.

François-Joseph de La Grange-Chancel (1677-1758), préface d'Orphée
Œuvres, t. IV, Paris, Les Libraires associés, 1758, p. 63

    Il est impossible de savoir si Lagrange-Chancel rapporte un jugement de Louis XIV, ou si c'est lui-même qui considère Quinault comme un des grands génies du siècle. Manuel Couvreur, dans son Lully, p. 217, nous rappelle que « […] le témoignage de Lagrange-Chancel est curieusement isolé », aucune autre source ne mentionnant la volonté du roi d’utiliser ces décors.
   Orphée ne fut jamais représenté. Lagrange-Chancel l'écrivit vers 1725, au moment du mariage de Louis XV. Il paraît dans ses Oeuvres publiées chez Ribou en 1734-35 (t. III, p. 251-348), mais sans la préface. Un exemplaire d'Orphée, tragédie en machines (Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, GD-21486), tiré de l'édition des Oeuvres de 1758, est datée 1736 dans une note manuscrite.
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