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Journal des Savants

ASTRATE, TRAGEDIE. A PARIS CHEZ
Thomas Jolly, Guillaume de Luyne, & Toussaint
Quinet, au Palais.


« Les applaudissemens que l’on a donnez à l’Astrate dans toutes les representations que l’on en a faites, ne sçauroient passer que pour legitimes ; puisque dans la simple lecture de cette pièce on découvre les mesmes graces qui l’ont fait admirer sur le theatre. Il n’est pas necessaire d’en expliquer icy le sujet, & il suffit que l’on sçache qu’il s’y voit un combat de la nature & de l’amour, où l’autheur n’a rien oublié de tout ce qui se pouvoit dire de plus fort sur cette matiere. De plus cette piece a de la tendresse partout, & de cette tendresse delicate qui est si propre à Monsieur Quinault. L’on y remarque aussi plusieurs maximes nouvelles de politique & d’amour, qui sont poussées de toute leur estenduë. Les vers en sont magnifiques & bien tournez ; et les incidens tout surprenans qu’il paroissent, se démeslent sans peine & sans violence. »
Le Journal des Sçavans, lundi 23 mars 1665, p. 142-143


PARALLELE DES ITALIENS ET DES FRANÇOIS; en ce qui regarde la Musique & les Opéra, par M. * * * A Paris, chez Jean Moreau, ruë S. Jacques. 1702.1. vol. in 12. pagg. 124

    L'Auteur voulant dans ce Parallèle , conclure pour les Italiens contre les François, commence d'abord par les avantages qu'ont ces derniers fur les autres.
    Pour ce qui est des pieces de Théâtre qu'on met en chant, ce ne font, dit-il, chez les Italiens, que de pitoyables rapsodies sans liaison, sans intrigue &c. au lieu que chez nous ce sont des Ouvrages d'une suite, d'une justesse & d'une conduite merveilleuse, & quand on ne feroit qu'en déclamer les paroles fans les chanter, elles plairoient autant que les autres pieces de Théâtre qui ne se chantent point. On est d'abord tenté de croire qu'il ne parle ainsi de nos pieces de Théâtre mises en chant que par rapport au dégoût que luy ont donné celles des Italiens, ou que c'est unp louange exagérée pour consoler les François à qui il doit faire perdre le procez ; car le peu d'étendue qu'ont ces sortes de pieces parmi nous, qui fait que le Poète n'a pas le loisir de préarer le nœud & le dénouement, la nécessite de coudre à chaque acte des Danses & des Festes, & l'impossibilité de les amener toujours d'une manière naturelle, font des inconveniens qui jusqu'icy ont rebuté quelques-uns de nos meilleurs Poètes, & qui servent d'excuse aux fautes de ceux qui ne se sont pas rebutez. Cependant bien loin que ceux-cy selon notre Auteur, ayent besoin d'indulgence, leurs pieces indépendamment du chant & de la comparaison qu'on en peut faire avec celles des Italiens, sont en elles-mêmes quelque chose de si achevé, qu'elles peuvent aller de pair avec nos bonnes Tragédies. II s'explique là dessus avec toute la précision qu'on sçauroit souhaiter. Les passions y sont traittèes avec un art & une délicatesse infinie, & il ya peu de Comédies & de Tragédies, qui soient plus belles que la pluspart des Opéra qu'a fait Quinaut. C'est-à-dire, qu'entre une soixantaine d'excellentes pieces de Corneille, de Racine & de Moliere, il n'en excepte qu'un petit nombre. II seroit à souhaiter qu'il eut voulu nous les indiquer ; nous aurions connu en même-temps quelles sont toutes les autres de ces trois grands hommes qui doivent céder à celles de Quinaut.
Le Journal des Sçavans, lundi 20 mars 1702, p. 186-187
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