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Foucaud

FOUCAUD, Édouard
Histoire du théâtre en France, Tome I
Paris, Publications Modernes, 1845

     Après Molière, trois hommes occupaient vivement le public. Tous les trois, et chacun dans un genre différent, s'étaient acquis une réputation vaste et méritée : Quinault, Lully et Racine.
      Selon Furetière, le fils d'un boulanger ; selon Bayle, l'ancien domestique de Mondori ; selon du Tillet et Brossette, l'élève de Tristan l'Hermite, Philippe Quinault, enfin, le prince de nos poètes lyriques, était un auteur spirituel et du caractère le plus social. Doué d'un talent souple et facile, il fut le premier qui s'occupe avec succès des poèmes lyriques ; car les essais informes de Perrin ne peuvent être comptés que pour bien peu de chose. Cependant, il ne fut pas à l'abri des traits satiriques de l'irascible Boileau.
      Voltaire, dans son épître sur la Calomnie, s'est attaché à réhabiliter la mémoire de Quinault :
O dur Boileau, dont la muse sévère
Au doux Quinault envia l'art de plaire !
Qu’arrive-t-il ? Lorsque ses vers charmants,
Par Jeliote embellis sur la scène,
De leurs douceurs enivrent tous les sens!
Chacun maudit ta satire inhumaine.
N'entends-tu pas nos applaudissements
Venger Quinault quatre fois par semaine!
      Au reste, Boileau, sans doute honteux de l'amertume de ses critiques, écrivait dans la préface de ses œuvres :
« Je n'ai point prétendu qu'il n'y ait beaucoup d'esprit dans les ouvrages de M. Quinault. Dans le temps que j'écrivais contre lui, nous étions tous les deux fort jeunes ; et il n'avait pas fait alors beaucoup d'ouvrages qui lui ont, dans la suite, acquis une juste réputation. »
      Auteur de plusieurs tragédies et comédies, Quinault ne s'éleva pas, dans ces deux genres, au-dessus d'un talent médiocre ; mais ses opéras le placent à côté des écrivains dont l'imagination créatrice trace de nouvelles routes dans le domaine de l'art.
[…]
     Quinault et Lully furent deux talents nés l'un pour l'autre. En effet, si les compositions musicales de Lully exhalaient un parfum d'amour et de volupté, les compositions poétiques de Quinault, fraîches et délicieuses, étaient écrites pour être traduites avec amour et volupté.

p. 359-360, 361
[Les vers "Ô dur Boileau ..." sont tirés de l'Épître sur la calomnie de Voltaire; ils figurent seulement dans l'édition de 1742 de ses Oeuvres.]

 
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