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Encyclopédie

     CANEVAS : on donne ce nom à des mots sans aucune suite, que les Musiciens mettent sous un air, qu’ils veulent faire chanter après qu’il aura été exécuté par l’orchestre & la danse. Ces mots servent de modèle au Poëte pour en arranger d’autres de la même mesure, & qui forment un sens : la chanson faite de cette manière, s’appelle aussi canevas ou paradie. Voyez PARODIE.
     […] presque toutes les chaconnes de Lully, ainsi que ses passacailles ont été parodiées par Quinault ; c’est dans ces canevas qu’on trouve des vers de neuf syllabes, dont le repos est à la troisieme ; ce Poëte admirable ne s’en est servi que dans ces occasions.

Extrait de l'Encyclopédie de Diderot, article "canevas"
    OPÉRA
Jaucourt n'apprécie pas beaucoup l'opéra. Dans son article, il parle surtout du genre en général, de son peu de vraisemblance, et assez peu de Quinault. Voici deux extraits de son article :

    II est certain que le spectacle que nous nommons opéra, n'a jamais été connu des anciens, & qu'il n'est, à proprement parler, ni comédie, ni tragédie. Quoique Qninault & Lully, & depuis plusieurs autres poëtes & musiciens, en aient donnés de fort beaux, on n'en peut citer qu'un très-petit nombre dans lesquels se trouvent tout à la fois réunis le merveilleux des machines, la magnificence des décorations, l'harmonie de la musique, le sublime de la poésie, la conduite du théatre, la régularité de l'action, & l'intérét soutenu pendant cinq actes. II est rare que quelqu'une de ces parties ne se démente. D'ailleurs les ballets sont composés d'entrées dont les sujets sont différens, n'ont souvent qu'un rapport arbitraire & très-éloigné, & dont on peut dire avec Despréaux,
Que chaque acte en la piece est une piece entiere.
    Cette irrégularité si palpable fait penser que le nom de poëme dramatique ne convient pas à l’opéra, & qu'on s'exprimeroit beaucoup plus exactement en l’appellant un spectacle : car il semble qu'on s'y attache plus à enchanter les yeux & les oreilles, qu'à contenter l'esprit. (p. 715)
[...]
Quant à la versification de nos opéra, elle est si prosaïque, si monotone, si dénuée du style de la poésie, qu'on n'en peut entreprendre l'éloge. Quinault lui-même, souvent très-heureux dans les pensées, ne l'est pas toujours dans l'impression. Ses plus belles images sent foibles, comparées à celles de nos illustres poëtes dramatiques. Je ne choisis point ses moindres vers, lorsque je prends ceux-ci pour exemple,
C'est peut-être trop tard vouloir plaire à vos yeux,
Je ne suis plus au temps de l’aimable jeunesse,
Mais je suis roi, belle princesse,
Et roi victorieux.
Faites grace à mon age en faveur de ma gloire.
Mithridate, plein de la mème idée, la rend dans Racine par ces images toutes poétiques.
Jusqu'ici la fortune, & la victoire même,
Cachoient mes cheveux blancs sous trente diadèmes ;
Mais ce temps-là n'est plus, je régnois, & je fuis.
Mes ans se font accrus, mes honneurs font détruits ;
Et mon front dépouillé d'un si noble avantage,
Du temps qui la flétri, laisse voir tout l’outrage.
Ne voit-on pas tomber tant de couronnes de la tête de Mithridate vaincu, ses cheveux blancs, ses rides paroître, & ce roi à qui la disgrâce fait songer à sa vieillesse, honteux de parler d'amour ? (D. J. ) (p. 716-717)

  L'article est suivi d'observations de Marmontel, que celui-ci reprit et augmenta dans ses Éléments de littérature
Extrait de l'Encyclopédie de Diderot, article "opéra"
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