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B. Dratwicki

Benoît Dratwicki, "Lully d'un siècle à l'autre : du modèle au mythe (1754-1774)", dans L'invention des genres lyriques français et leur redécouverte au XIXe siècle, dir. A. Terrier et A. Dratwicki, Lyon, Symétrie, 2010, p. 309-346. Avant de conclure ce survol des fortunes de Lully dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, une page sur celles de son librettiste (p. 345):

Vint ainsi le temps ou Lully fut définitivement écarté de la scène lyrique. Mais, « si l'on est enfin privé de Lulli, au moins ne voudroit-on rien perdre de la poésie de Quinault » clamait avec d’autres le Mercure de France (1). Si les progrès de la musique avaient progressivement éloigné les jeunes générations de l’art de Lully, les livrets de Quinault n’avaient rien perdu de leur suprématie. Au contraire :

Lulli de son vivant étoit sur le trône, et Quinault dans le mépris ; cependant quelle distance de l'un à l'autre, eut égard au degré de perfection où chacun d'eux a porté son art. Le plus grand éloge d'un Poëte, dit très-bien M. de Voltaire, est qu'on retienne ses vers ; et l'on sait des Scènes entières de Quinault par cœur. (2)

L'intérêt pour les poèmes de Quinault fut d'autant plus grand à la fin du siècle, qu'une véritable pénurie de bons livrets se faisait sentir. Razins de Saint-Marc, comme nombre de ses contemporains, estimait que les poèmes lyriques de Quinault étaient « des ouvrages qui, malgré quelques imperfections, laissaient cependant loin derrière eux la plupart des poètes modernes. »
(3)

Et puisqu’on ne pouvait plus entendre de Lully, on imagina ce qui avait jusque là été inconcevable : remettre en musique les livrets de Quinault !

[Une] entreprise sacrilège, dont l’impunité prouve la décadence des mœurs et l’approche du jugement dernier, à ce que prétendent nos vieilles perruques. Car ce qu’il y a de plus sacré en France, après les poésies de M. Le Franc de Pompignan, ce sont les paroles d’un opéra ; quand une fois elles ont été mises en psalmodie par un soi-disant musicien, et braillées par les aboyeurs et les glapissantes de l’Académie royale de musique, il n’est plus permis à aucun mortel d’y toucher. (4)

Une entreprise pourtant appelée à faire les beaux jours de l’Académie royale de Musique jusqu’à la veille de la Révolution (5).


(1) Mars 1780, II, p. 58.
(2) Jean Le Rond D’Alembert, "De la liberté de la Musique", dans Mélanges de littérature, Amsterdam, 1759, IV, p. 238.
(3) Œuvres de Monsieur de Saint-Marc, À Paris, de l'Imprimerie de Monsieur, 1781, II, p. 213.
(4) Grimm, Correspondance littéraire, nov. 1765.
(5) Au sujet des remises en musique des livrets de Quinault, voir Benoît Dratwicki, « Traditions et modernités à l’Académie royale de Musique : l’exemple de la tragédie enquinaudée » dans Jean Duron, éd., Regards sur la musique au temps de Louis XVI, Wavre, Mardaga, 2007, p. 113-138.

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